Coup de torchon
Coup de torchon · 1981

Le flic qui nettoie

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Le flic qui nettoie · KINOMOV

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Tavernier déplace un roman noir américain dans l’Afrique coloniale de 1938, et le déplacement change tout : la lâcheté d’un homme devient le fonctionnement d’un système.

par Lecteur de démonstration · 28 septembre 2026 · 2 min de lecture

Ce texte est un exemple. Le film est réel et ce qui en est dit se vérifie en le voyant, mais personne ne l’a écrit : il montre à quoi ressemblera cette page quand des lecteurs y auront écrit.

Lucien Cordier est le seul policier d’une petite ville d’Afrique-Occidentale française, en 1938. Il ne fait rien. On le bouscule, on le méprise, sa femme le trompe sous son toit, et il encaisse avec un sourire qui n’est pas de la bonté. Puis il se met à tuer, et il le fait comme il encaissait : sans élever la voix, en s’excusant presque.

Coup de torchon
Coup de torchon · 1981

Le roman de Jim Thompson dont le film est tiré se passe dans le Sud des États-Unis, où le shérif raciste d’une bourgade est un personnage déjà écrit cent fois. Transposer l’histoire dans une colonie française déplace la charge d’un cran, et ce cran est tout le film. Là-bas, la brute est un type. Ici, elle est un fonctionnaire. Cordier n’a pas besoin d’être méchant : il occupe une place où la méchanceté est déjà installée, et il lui suffit de ne rien faire pour qu’elle continue.

Noiret joue cela sans un gramme de démonstration. Il est mou, cordial, un peu suant, et à mesure que les corps s’accumulent on comprend que la mollesse n’était pas une faiblesse mais une méthode. Autour de lui, personne ne s’étonne : c’est peut-être ce que le film a de plus dur. Les colons continuent de jouer aux cartes, l’administration continue de tamponner, et les morts qui comptent ne sont jamais les mêmes que ceux qu’on pleure.

La caméra ne s’indigne pas non plus. Elle suit, longuement, en larges mouvements qui laissent le temps de voir le décor : la poussière, les vérandas, les gens qui traversent le cadre sans qu’on les regarde. Ce choix de mise en scène produit un effet étrange : le film est drôle, franchement drôle par moments, et c’est le rire qui finit par devenir gênant. On rit d’un homme, et on s’aperçoit qu’on riait d’un ordre.

Coup de torchon
Coup de torchon · 1981

Reste une question que le film pose sans y répondre, et qu’on emporte en sortant : Cordier se croit-il justicier, ou est-ce le dernier de ses mensonges ? Tavernier laisse les deux ouvertes. C’est ce qui empêche « Coup de torchon » d’être une fable morale, et ce qui fait qu’on y repense longtemps après.

Sur ce film

Coup de torchon

1981

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